Le baton perdu
 
  
     

Le baton perdu

Battambang, Cambodge le 25/04/2013

24/04

Nous arrivons à Battambang en début d´après-midi. En voici la légende selon notre tuk-tuk:

Il y  a un bon millénaire, un cuisinier militaire passait son temps à remuer le riz qu´il préparait en très grande quantité pour les soldats. A force de tourner et tourner encore dans la marmite, le baton lui servant de spatule devint magique. Un jour, les ennemis attaquèrent le campement et tuèrent les soldats, mais il ne purent vaincre le cuisinier, qui les repoussa avec son baton. Devenu un héros, celui-ci nettoya la région de l´ennemi et mit fin à la guerre. Mais le succés lui monta à la tete et il voulu devenir roi. Il renversa facilement le roi au pouvoir et prit sa place. Le fils de ce roi se retira dans un monastère pour méditer. C´est alors que l´usurpateur fit un reve: il serait vaincu par un moine montant un cheval volant, dans 7 mois, 7 semaines et 7 jours. Il invita alors tous les religieux de la province au palais dans le dessein de les tuer. Le prince devenu moine se mit en route et rencontra en chemin un ermite qui lui offrit un étalon blanc pour voyager. Ce cheval se révéla etre un cheval volant. Lorsque le roi vit arriver le prince dans les airs, il lança son baton mais quelque chose lui fit rater sa cible. Sachant sa fin proche, il s´enfuit et on ne le revit jamais. On ne retrouva pas non plus le baton. Lorsque l´on construisit une ville dans la région où il avait dù retomber, on lui donna le nom Bat Dambong (bat=perdu et dambong=baton), retranscrite par les Français en Battambang. Ceux-ci en firent la deuxième ville du pays, c´était une capitale régionale prospère, un grenier à riz profitant de la surabondance de poissons dans le Tonlé Sap, et de l´accès à la principale voie de communication le l´Indochine: le Mékong.

Une autre version met en scène un vacher de la région qui trouva un baton en bois de rose. Il s´en servit pour mener ses vaches, et se rendit compte que le baton lui donnait le pouvoir de les commander à distance. Aprés quelques années à mener le troupeau sans se fatiguer, il décida de viser plus haut et de devenir roi. Vous connaissez la suite.

 

A notre descente du bus, nous sommes littéralement noyés sous une nuée de chauffeurs de Tuk-tuk. Ils nous crient dans les oreilles et nous assiègent en espérant etre choisis pour nous emmener gratuitement à l´hotel que chacun propose, et dont ils nous collent les tarifs sur le nez.

Lili s´en extirpe assez facilement, mais Nico tant bien que mal, car l´hotel repéré sur le guide n´est qu´à 200m. A l´hotel Royal, les chambres sont confortables, lumineuses, spacieuses, équipées avec frigo et télé. Nico est content, il en profite pour regarder par hasard le Bayern achever de mettre une tole au Barça.

Nous partons en ville vers 16h pour trouver un magasin d´informatique qui pourrait récupérer nos photos perdues. On nous en conseille un, mais la dame nous dit aprés un quart d´heure de tentatives que nos données sont irrécupérables et que la carte SD est peut-etre foutue. 

Nous sommes dégoutés et nous partons nous promener sous un ciel orageux à l´ancienne gare de Battambang, où des bambins, dont un tout nu, s´accrochent aux vetements de Nico. Le ciel menace donc nous rentrons, mais nous arretons tout de meme dans un cyber. Nico ne veut pas s´avouer vaincu, et il a raison car il télécharge un logiciel de récup de données qui, après formatage de la carte et une longue attente, nous permet de récupérer nos photos (et d´autres depuis longtemps supprimées: efficace!). OUF! Il ne nous restera pas d´Angkor que des souvenirs.

La pluie s´est calmée et nous partons manger dans un boui-boui près du marché de nuit, car tous les stands de ce dernier sont fermés comme il est plus de 20h. Mauvaise pioche! Le plat de Nico est fade tandis que le porc de Lili sent très mauvais, avec le gout qui va avec. Pour la première fois du voyage, elle ne touche pas son plat. Nous nous rabattons sur une bonne salade de fruits et un cake maison achetés dans un bar, que nous mangeons dans la chambre.

 

25/04

Nous prenons notre petit déj´ au restaurant situé sur le toit de l´hotel: une petite salade de fruits et une courte baguette au fromage, qui s´avére etre 1 Vache-qui-rit. Bof.

Nous allons ensuite chercher le tuk-tuk parlant français que nous avons repéré hier. Nous començons par nous rendre à la gare de bamboo train. Chaque bamboo train (ou "norry") se compose d´une plate-forme en bamboo posée sur deux essieux entrainés par un tout petit moteur grace à une courroie de ventilateur.  Le problème,c´est qu´il n´y a qu´une seule voie de 7km, constituée de vieux rails complétement gondolés. Lorsque deux norry venant en sens inverse se rencontrent, celui qui est le moins chargé est rapidement démonté, déposé sur le coté et remonté aprés que l´autre soit passé. L´opération ne prend pas plus d´une minute!

Ce dispositif est né d´une manifestation de la solidarité locale, afin de combattre l´isolement des villageois vivant à proximité de la voie. On parle depuis des années de la disparition des norry à cause des projets de remise en service de vrais trains sur cette voie qui relie Battambang à Phnom Penh. Mais en attendant, la médiatisation aidant, ils sont devenus une attraction touristique fréquentée tenue par une société privée. Le nombre de conducteurs a été multiplié par 5 au moins, meme si chacun ne touche que 1,7$ par trajet alors que les touristes paient 5$. Le système est toujours ouvert aux locaux, qui bénéficient d´un tarif spécial, mais on n´en voit guère.

Ceci étant, l´expérience reste très sympathique. Evoluant au ras du sol, le bamboo train ne dépasse pas 15km/h, mais nous donne pourtant la sensation d´étre dans un grand huit, les loopings en moins: c´est bruyant, ça cahote, on se demande souvent si ça va dérailler. Nous traversons ainsi la campagne en ligne droite. Attention, les vaches ont la priorité. Au bout de notre itinéraire, des gamines extrémement habiles de leurs doigts nous accueillent et nous offrent des bijoux confectionnés en feuilles de bananiers.

Aprés le train, nous allons voir un arbre à chauve-souris géantes (comme à Kompong Thom), qui ne sont pas chassées car l´arbre est sur le territoire d´un monastère, elles bénéficient donc de la protection des moines. Nous faisons aussi un stop à une plantation de mangue, où les cueiilleurs ne sont visiblement pas trés actif, mais on les comprend sous ce soleil torride. Nous passons également dans de pittoresques villages de pecheurs musulmans.

Nous allons ensuite voir Banan, un temple situé au sommet d´une colline. Il nous faut gravir plus de 300 marches pour y accéder.  Pas facile sous la morsure du soleil. Ce temple est censé avoir inspiré Angkor Vat selon les gens d´ici. Il a été construit un petit siécle plus tot (XIe), avec le meme style de tours. Malgré le vol ou la vandalisation de la plupart des sculptures, le site est plein de charme.

Nous allons ensuite déjeuner une soupe de boeuf dans un bouiboui en bord de route où nous dépose notre tuk-tuk: c´est en fait un bouillon avec les échantillons des abats de porc et quelques végétaux.

En guise de digestif, nous nous rendons dans un vignoble, le seul du pays. Après une courte balade dans les vignes, dont on nous garantit qu´elles donnent trois fois par an, nous passons à la dégustation payante. Au programme: un vin rouge, un brandy, un jus de raisin et un jus de gingembre au miel. Aucun n´est bien fameux, mais tous sont très sucrés.

Nous allons ensuite dans le principal lieu de pélerinage de la région: Phnom Sempeou. Il faut suivre un parcours qui escalade une montagne. On y observe des Bouddhas et des divinités hindoues, mais aussi une grotte ayant servi de charnier aux khmers rouges où l´on peut voir des ossements humains. Les assassins matraquaient les gens avant de les jeter par un trou dans la grotte, une douzaine de mètres en contrebas. En continuant le chemin, nous atteignons un joli point de vue et un genre de canyon, puis nous entamons la redescente par un escalier abrupt.

 

En bas, nous patientons une heure et demie avec des ice coffees pour assister à la sortie des millions de petites chauve-souris de la grotte, au coucher du soleil.

Rentrés à Battambang, nous nous asseyons sur des coussins pour manger une fondue au bouillon plutot frugale après un apéritif offert composé de coquillages inconnus marinés dans une sauce au piment. Le tout est bien sur accompagné d´un pichet de bière.


 

Commentaires

 Marraine Anne
Je suis épatée de voir tout ce que vous visitez en un jour ! Je suis assez fan du bambou train :-D !



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