Un trek 'survivor'
 
  
     

Un trek 'survivor'

Luang Namtha, Laos le 01/04/2013

29/03

C´est parti pour un trek de 3 jours dans les montagnes couvertes de forets et les villages isolés. Notre groupe est constitué de trois hollandais (2 gars et une fille) et d´un couple de français. C´est un groupe qui va s´avérer tres sympathique et qui va participer a rendre ce trek trés agréable bien qu´éprouvant, car nous étions à peu pres sur la meme longueur d´ondes quant à notre maniere de l´aborder.

 

 

Nous passons tout d´abord au marché pour que le guide achete notre nourriture: du porc, des tomates, des haricots, des plantes dont nous ignorons le nom, des patates, du gingembre, du citron, du boeuf, trop de piment vert, des dosettes de café, des condiments, une tablette de bon sucre de canne et bien sur une bonne grosse poche de riz.

Nous rejoignons ensuite notre lieu de départ et commençons directement par une bonne grimpette de 2h sous la chaleur. Curieusement, nous sommes tellement occupés à faire connaissance que nous ne nous rendons pas vraiment compte de l´effort et nous marchons d’un tres bon rythme. Ce sont les guides qui nous calment en décidant des pauses, pendant lesquelles on ne perd pas notre temps puisqu´on apprend comment et avec quoi se fabriquent les balais, par exemple. Nous arrivons quand meme au lieu du repas de midi avec une heure d´avance!

Nous sommes accompagnés par trois guides. Il y a tout d´abord Pheng, celui qui parle anglais. C´est un petit gars de 45kg qui dispose d´une énergie débordante et d´une joie de vivre communicative. On le sent passioné par son boulot de guide, surtout par les échanges et les discussions qu´il permet avec les gens. C´est aussi un type intelligent qui a appris l´anglais sur le tas; il a su nous mettre à l´aise, nous a fait partager sa culture,  nous a expliqué des tas de choses et a  toujours répondu avec beaucoup d´enthousiasme aux questions qui fusaient.

Nous avons aussi 2 guides "locaux", qui ne parlent pas anglais mais qui connaissent parfaitement la foret et qui seraient capables de survivre des semaines à l´interieur. Ils ouvrent et ferment le convoi , avec eux on se sent en sécurité! Ils sont contents de nous montrer les ressources de la nature, de nous arreter pour nous faire gouter des dizaines de plantes différentes. On a droit à des feuilles au gout de citron (pas mal), à des tiges au gout tres amer, à des racines au gout epicé, au coeur d´un arbre au gout moelleux et sucré, et aux fascinantes lianes remplies d´une eau plus que potable. C´est simple: le premier jour on a eu l´impression de manger- ou plutot machouiller- tous les quarts d´heure! Il y a Tchaé, un costaud qui ne peut pas tenir en place et virtuose de la machette, et il y a Chongla, presque aussi efficace mais doté d´un doux sourire communicatif et du caractére qui va avec.

 

Nous arrivons finalement au sommet de la colline, regardons la vue embrumée, puis nous pénétrons dans la foret d´où nous ne ressortirons quasiment plus pendant 2 jours.

 

 

Quand vient l´heure du déjeuner, ils mettent la "table": quelques feuilles de bananier posées par terre. Ils disposent la nourriture dessus et on s´assoit tous autour, c´est tres convivial et on n´arrete pas de discuter tout en mangeant notre sticky rice accompagné de tiges de plantes et de courgettes a tremper dans une super sauce tomate. On débarrasse la table en 10 secondes et on s´enfonce plus loin dans la jungle.

 

Pendant une pause, Tchaé va nous dégotter un bambou rempli de vers pour le repas du soir. C´est un bon car ces vers sont rares et chers en cette saison.

 

La derniere heure et demie est une descente ininterrompue mais trés éprouvante car elle est vraiment a pic et couverte d´une épaisse couche de feuilles mortes. On se raccroche comme on peut aux arbres, aux lianes et aux rochers tandis que nos guides descendent en tongues comme si de rien n´était.  Nico fini par en avoir ras-le-bol et décide de descendre en roulé-boulé, pour aller plus vite, mais les arbres l´arretent au bout de dix métres seulement.

Lorsque nous parvenons enfin en bas, les guides se jettent à l´eau dans la riviere, c´est la fete du slip! Il s´agit d´étoffer notre repas du soir avec quelques poissons. Ils disposent pour cela d´un filet, d´un masque et de deux pistolets en bois lance-harpon fonctionnant avec des élastiques; et ça marche! Nous, on va se savonner dans l´eau fraiche, une nécessité aprés 7h de marche.

Il faut ensuite construire notre abri pour la nuit, nous avons signé (sans vraiment le savoir) pour le trek "survivor". L´armature en bambou est déjà là, et nous la recouvrons de larges feuilles de bananier coupées par Chongla en guise de tuiles et de matelas.

 

Ensuite, c´est la préparation du repas: tout d´abord faire du feu, puis émincer les légumes et la viande. C´est surtout les guides qui bossent, avec leur machette-à-tout-faire. Le menu: du riz; une sauce tomate avec gingembre, ail et piment; des brochettes des petits poissons juste péchés; une bouillie de vers de bambous au piment et à l´ail et une pate de poisson assaisonnée de la meme manière.

 

 

Grace à leurs machettes, les guides nous fabriquent toutes sortes de choses avec du bambou: une spatule, des gobelets pour le thé (qui aromatise l´eau de rivière bouillie), Tchaé se fabrique une pipe à eau, des flutes, une sorte de petit chien. Autour du feu de camp, Pheng est heureux de nous parler de la culture lao. Il y a trois peuples majoritaires: les Hmong, les Khmu et les Lao. Les premiers sont les seuls a pouvoir avoir plusieurs femmes, comme Tchaé qui en a deux parce qu´il travaille beaucoup. Pheng, qui est Lanthan, devra donner une grosse somme à la famille d´une femme pour pouvoir se marier. Le divorce est tres rare, et doit etre discuté et accepté par tout le village. Les mariages sont consentis.

Nous nous couchons tot car nous pressentons que notre sommeil sera léger et le lever est annoncé pour 6h. Nous dormons dans des sacs de couchage puants et serrés comme des sardines, donc mal. 

 

30/03

Nous sommes tous courbaturés de s´etre couchés à meme le sol et empestons le feu de bois dont le vent nous a envoyé la fumée plusieurs heures.  Nous regardons les guide dresser le petit déjeuner, toujours sur des feuilles de bananiers. Ils peuvent vraiment tout faire avec un bananier et quelques bambous. Le repas se compose d´un reste de pate de poisson d´hier, de brochettes de tetes de poissons, d´une nouvelle bouillie de tetes et d´entrailles, de riz et, heureusement, d´une omelette délicieuse.

 

Nous remplissons nos bouteilles d´eau de riviere au thé et nous décollons vers 9h, avec 6h de marche au programme. Nous grimpons depuis la riviere, redescendons, remontons sur les cretes. Nous déjeunons de la meme façon que la veille, puis entamons une nouvelle longue descente, à découvert donc torride, jusqu´à une nouvelle riviere. C´est la pause baignade pour nous et peche pour les laos. Des gamins sont aussi en train de pecher, souvent tous nus, puis nous escortent jusqu´à leur village où nous devons passer la nuit.

 

L´accueil y est mitigé, il semble y avoir un malentendu entre Pheng et les villageois, qui sont pourtant de la meme tribu. Nous ne voulons pas etre trop intrusifs, mais il semble que nous soyons le quatrieme groupe à venir ici depuis un mois.

Les villageois portent en permanence la tenue Lathan. Les filles ont une robe indigo ornée de rose et les gars, qui arrivent en soirée apres les travaux des champs, portent un large pantalon bleu qui s´attache avec un noeud sur le devant.

 

 

Les enfants sont contents de nous voir. Ils sont curieux, bien qu´intimidés, et cherchent à jouer avec nous. Le village, à 2h de la plus proche route, reçoit seulement les treks d´une seule agence, et reste donc relativement à l´écart des touristes. Les enfants ne mendient absolument pas. Les garçons entrainent Nico et les autres hommes dans une partie de volley-ballon, tandis que Lili va jouer à cache-cache avec les filles et va voir la préparation du diner. Tchaé et Chongla nous quittent pour rentrer chez eux, et nous leur disons au revoir à regret.

 

 

Nous faisons quelques rapides parties de cartes, puis nous entrons dans la pénombre de la maison (ici pas d´électricité, ni de fenetres, ni de bougies) pour partager notre repas avec le maitre des lieux: le fils du chef du village.

Les filles et les femmes mangeront aprés nous comme il n´y a pas assez de place autour de la petite table et elles nous regardent. Elles sont nombreuses car trois générations de fréres et soeurs vivent dans cette maison. D´autres curieuses sont présentes aussi, ainsi que le fou du village, un ancien soldat blessé par un obus. Cet homme converse avec nous en laotien (mais on le laisse vite marmonner tout seul) et se targue de lire notre carnet de notes à l´envers!

 

 

Au menu, en plus de l´ordinaire du trek, nous avons le coeur d´un arbre comestible que Tchaé a trouvé et débité cet aprés-midi dans la jungle.

On termine le repas avec un genre de jeu à boire animé par Pheng. Il s´agit de boire du Lao lao, l´alcool de riz local, censé tirer vers les 50 ou 60°. La régle est de boire les petits verres par paires sinon ça porte malheur, et d´un trait. Pheng, qui ne supporte pas une goutte d´alcool, nous explique que la capacité des hommes a tenir l´alcool est un atout majeur dans le jeu de séduction, car il est la marque des hommes forts. N´importe quoi! On comprend mieux pourquoi autant de laos semblent alcooliques.

On fait donc tourner le verre de main en main pendant que Pheng nous pousse à la picole. Lili s´arrete a six, tandis que Nico, altruiste, passe la barre des 10 pour accompagner Joram le hollandais, car on ne peut boire seul. Le fou et le fils du chef s´incrustent au milieu du jeu au mépris des régles, mais s´arretent bien vite pour laisser la victoire à Joram.

Les trois hollandais vont dormir sous ce toit-là, tandis que Pheng nous emmene dans un autre foyer, où nous devons partager le mince matelas avec quelques cafards qu´il dégage ni vu ni connu. Mathieu et Ség, les francais, devaient aller s´intaller dans une autre maison mais se sont fait refouler, donc on va devoir se serrer, meme si le matelas est trop petit. Il fait bon car le feu crépite à nos pieds, mais on sort quand meme les draps de soie pour l´hygiene. Tandis que nous nous nous endormons la tete vers le bas, la famille mange en silence à la lueur du feu.

 

31/03

Le réveil était annoncé pour 4h, mais comme notre guide n´a pas de montre, il nous réveille aprés avoir fini de préparer le petit déj´, vers 6h.

Nico est le seul a avoir bien dormi et il en remercie le Lao lao, meme si le réveil est un peu difficile.

Nous disons au revoir aux villageois et repartons à 8h pour une petite marche d´une heure et demie, pendant lesquelles on  traverse des plantations d´hévéas. On passe deux rivieres à gué et une sur une longue passerelle branlante. Nous traversons aussi un village dans lequel se retirent les Khmus quand les temps sont trop durs en ville, pour pouvoir venir vivre en autosuffisance dans la jungle.

 

Au village d´arrivée, nous montons dans un pick-up qui nous emmene au point de départ de la descente en kayak, parce que le niveau d´eau est trop bas pour démarrer de là. En fait de kayak, nous avons des bateaux gonflables sans quilles et tres difficile à manoeuvrer, surtout que le niveau de l’eau est trés bas et qu´il y a des rochers où s´échouer partout. Du coup on s´engueule et Pheng nous sépare sous un bon prétexte. Nous sommes contents d´arriver au bout pour nous baigner dans la rivière.

 

De retour à la ville, nous descendons dans la meme GH que les autres, et nous convenons de tous nous retrouver plus tard au marché, apres douches et siestes, pour partager un canard au barbecue. Nous y passons une bonne soirée arrosée de beerlao, sauf pour Pheng qui tourne au cola.
 

 

Commentaires

 Mat et Seg
Génial de relire le récit de ces 3 jours de trek !
Ca rappelle pleins de souvenirs !!!
Ravis d'avoir partager ces bons moments avec vous ...

Bonne route les "survivors" !
 MAMIE
Quelle horreur ces vers! Comment avez-vous pu en manger ?
 Marraine Anne
Trop drôle ! J'aurais aimé être présente pour l'engueulade sur le kayak :-D
 Mathilde
le nombre de verres de lao lao qui reflète la force des hommes !! quelle excuse pour boire 1 coup !!



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